KARMA et KARMA-VIDYA


 

Dans la pensée hindoue, il y a autant de vérités que de manières de les concevoir.

La conscience du jnanin, dite "éveillée" (c'est à dire pas endormie, tout simplement...) n’utilisant pas le langage pour formuler ce qui en dépasse le cadre, ne pourra pas s'exprimer verbalement, et on restera définitivement dans une hypothèse, éventuellement érigée en système producteur de résultats tangibles, et complémentaire voire antithétique d’autres systèmes (comme dualisme et non-dualisme par exemple).

Si j’évoque ici le nom de "système", c’est qu’en effet, dans tout ce qui concerne le karma, il y a un ensemble de relations très structurées qui lient les éléments les uns aux autres, mais avec une part de variabilité qui n’a d’autre fondement que la totale relativité des concepts énoncés, entièrement tributaires de nos fonctions intellectuelles et donc de notre mental.

Pour mettre sur la piste de ce qu'on ne peut verbalement expliquer, il y a différentes approches (darshans), et voies (margas), très élaborées et très éloignées de notre conditionnement materialiste.

Le mot karma a un sens général de processus d’action ou d'action, moteur liant les effets à leurs causes, et le mot vidya celui de connaissance, vison pénétrante, intellection, mais en fait ce qui dans l’hindouisme est représenté par le karma ou les karmas est un champ causal en expansion infinie, ayant la possibilité de moduler son expansion selon des formes plus ou moins individualisées et dans des dimensions diverses. On trouvera peut-être quelques similitudes avec la notion scientifique émergeante de champs unifié...

 

Rapporté à l’être humain, ce champ suit la courbure du temps et de l’espace qui définissent nos conditions existentielles, mais ne saurait en aucun cas en dépendre.

 

Le jyothisha (l’astrologie traditionnelle de l’Inde que l'on appelle aussi karma-vidya) est en fait une science du karma tel qu’il se projette sur les mouvements des objets qui marquent le temps. Dans l'Inde ancienne, la notion d’expansion est celle d’un mouvement qui ne serait pas lié au temps tel que nous le connaissons.

De même le karma exprime une causalité qui est antérieure au temps, seule la manifestation dont nous sommes les observateurs inclut temps et espace, et la grande horloge qui nous permet de mesurer ce temps, et donc les développements karmiques, c’est le mouvement des astres, qui reproduit par projection (de manière harmonique, homothétique et analogique, les cycles définissant les stades successifs de cette expansion.

 

On est donc assez éloigné de l’idée de karma-destin de madame Irma ou du karma réincarnationniste ou spirite qui déclenchent les passions, même s’il peut y avoir des points de convergence...

 

Mais comme l’homme ne peut rien concevoir qui ne soit une projection de ses cinq sens, il lui a fallu réduire à son propre niveau ce qui s’en détachait et n’était plus intelligible que sous une forme paradoxale. Nous allons voir par la suite ce qui du non-intelligible peut servir de piste à une mise en cohérence de la vie de l'homme avec sa fonction de vie.

 

Nous allons donc évoquer le karma individuel swa-karma ou aussi jiva-karma, puisque c’est ce qui nous concerne directement, en ne perdant pas de vue que les mots et concepts développés ne le sont que par commodité afin donner une base à notre sens de perception interne.

 

 

LE KARMA INDIVIDUEL


 

L’expansion-contraction qui définit le mouvement de l’univers se fait d’une manière ordonnée selon un programme infini (indéfini, dirait Guénon), que l’on pourrait appeler "karma". Cete alternance de mouvement-non-mouvement est ce qui caractérise chaque élément de l'univers : en effet tout ce qui existe est soumis à trois états :

  1. le mouvement (cinématique)

  2. l'immobilité (statique)

  3. la transformation,le passage de l'un à l'autre (dynamique)

 

Ces trois caractéristiques se retrouvent dans la Trimurti indienne (Brahma, Vishnu, Shiva), dans le tridosha ayurvédique (vatha,kapha, pitta),et les trois états d'urgence de l'instinct (fuite, tétanie, combat).

Ordre et désordre résultent tous deux de ces trois caractéristiques. Le désordre peut être lui-même considéré comme un des aspects de l'ordre; ce qui fait l'apparente contradiction, d'un point de vue logique, vient de sa position hiérarchique dans le développement du processus causal.

 

En fait, la notion même de karma est la clef d'accès à la pensée indienne, mais nous allons cependant nous limiter ici et aborder succintement celle de "karma individuel" (svakarma) .

 

Si l'on considère l'hypothèse d'un champ informatif en mouvement constant dont nous serions l'une des manifestations, on va pouvoir évoquer et travailler ensemble sur les différents aspects du karma, et son intrication avec la science ayurvédique.

 

Les mots sanskrits qui seront utilisés n'ayant pas d'équivalents linguistiques, ils seront donc cités tels quels.

 

Que peut nous apporter la connaissance des lois karmiques?


 

L'intérêt, c'est ANAGAMI qui mène à MOKSHA, moksha qui est le but ultime d'une vie humaine arrivée au terme des quatre ashramas, la libération du SAMSARA. (le principe continuateur de l'action qui anime une identité terrestre ou autre)

MOKSHA est l'un des quatre buts de la vie humaine et est le but ultime du quatrième ASHRAMA (quatrième stade de la vie humaine que l'on appelle le sannyasa)

Ce mot définit une forme de libération de l'univers de la forme, mais a ses conséquences ici et maintenant, car plus la conscience s'en approche, et moins les cycles d'attachement au samsara n'ont d'effet; on voit ainsi disparaître de nombreuses peurs, attentes, désespoirs, maladies, addictions, compulsions, etc... Se préoccuper de moksha n'est donc pas qu'un pari sur l'après-vie...

 

LES TROIS KARMA (TRIKARMA)


 

Dans la Bhagavad Ghita, lorsqu'Arjuna mène la guerre contre ses cousins les Kauravas (cf Mahabharata), il fait face à de nombreux doutes, et recherche l'action juste dans un contexte très contradictoire et difficile.

Krishna (le 8 ème avatar de Vishnu) le guide et le conseille, et lui explique notamment comment l'action juste peut être réalisée si l'on est en adéquation avec son dharma (sa mission, sa légende personnelle).

Mais pour agir "juste" il est préférable de bien comprendre le fonctionnement de la loi du karma ou loi des causes et des effets.

 

En effet, qui agit? Et à quel niveau agir? Est-ce que l'action est action ou ré-action?

Les événements extérieurs sont-ils réellement extérieurs?

 

 

L'homme (jivatman) est un amas d'énergies (particules et ondes) sous-tendu par des fonctions de manifestations communes (gunas), et participe donc à son niveau à la loi de manifestation causale (karma).

 

C'est donc sous l'angle particulier de la relation de l'homme (individu) à la loi du karma (loi générale des causes et effets) que Krishna va s'adresser à Arjuna et lui expliquer les trois "karmas", ou plutôt, les trois états du karma (tri-karma)

 

    •   sanchita karma

    •   prarabdha karma

    •   agami karma

 

On suppose dans cette approche anthropomorphisée du concept de karma que l'observateur (l'individu) est le support du processus karmique, et on va donc l'illustrer en fonction de l'écoulement temporel de sa vie.

 

  • Le sanchita karma représente tout ce qui a été programmé dans le passé et qui n’a pas encore manifesté ses fruits,

  • Le prarabdha karma, c'est la récolte, qui arrive maintenant. On verra qu’il y a trois sortes de prarabdha karma

  • L’agami (ou kriyamana) karma est celui que l’on sème soit en réaction au prarabdha karma soit ex nihilo.

 

 

C'est lors de l'échéance (donc du prarabdha karma) que l'être a le "choix" dans son action: action pure, juste (appropriée), en pleine conscience, désynchronisée, non conditionnée par des programmations passées, ou "ré-action" conditionnée, dictée par des principes, préjugés, peurs, névroses, programmes, addictions, compulsions, etc...

 

L'action pure - consciente, non polluée, libre - étant juste (appropriée), ne produit pas de karma individuel additionnel (agami karma). Elle est anagami. C'est l'essence du dharma.

 

Par contre l'action réactionnelle, émotionnelle, conditionnée, projective, ravive une mémoire et la renforce.

C’est cette reconduction des mémoires (des vasanas) pour une prochaine fois qui prend alors le nom d'agami karma, où la création d'une autre impression (samskara) va être stockée dans le chitta qui est la "substance" du manomayakosha ("corps" mental)

NB : le manomayakosha est l'une des 5 couches constitutives du composé humain (jivatman), et l'un des trois éléments du corps subtil - sukshmasharira - composé du pranamayakosha - énergie- , du manomayakosha - mental -et du vijnanamayakosha - intellect supérieur).

On maintient, on recrée, on re-fabrique des conséquences récurrentes liées à notre histoire individuelle.

En alimentant ainsi ce que l'on pourrait appeler "la pompe à karma", on ne risque pas de quitter le cycle des "renaissances", le samsara, ni d'atteindre la délivrance, (moksha) dans cette vie… (ni de régler ses problèmes actuels)

 

En résumé, le seul moyen d’alléger notre dépendance au cycle sans fin du samsara, c'est-à-dire la répétition des conditions qui ont formaté notre individuation, est de tendre vers moksha, et cela ne peut se faire qu’en diminuant la force des mécanisme de dépendance au processus cyclique, et il n’y a que sur le prarabdha karma qu’il est possible de faire quoique ce soit, puis que le sanchita appartient au passé et l’agami au futur.

 

C’est donc dans le contrôle du prarabdha karma (le purushaka) que se trouve la clef de l’état an-agami (an = non, sans, privatif), facilitateur de l’accès à la libération, moksha, ou de la non-dépendance)

 

Pour en savoir plus, aller sur le site www.karmavidya.com